Avec plus de 4.800 km de long, le Mékong est vital pour la survie de plus de 100 millions de personnes dépendantes du fleuve au Laos, en Thaïlande, au Cambodge et au Vietnam. La chute du niveau d’eau de ce fleuve qui fournit environ 1,8 million de tonnes de poissons par an et qui représente une grande source d’eau d’irrigation menace la sécurité alimentaire des pays riverains. Une baisse du niveau d’eau record

À Chiang Saen, au Nord de la Thaïlande, le niveau du fleuve est tombé à 2,1 mètres, soit 3 m de moins que la moyenne enregistrée à la même période entre 1961 et 2018 et 75 cm de moins que le précédent record relevé au même endroit. Avec 70 cm, soit 1,36 m plus bas que la cote d’alerte, le Mékong a aussi atteint son plus bas niveau à Vientiane au Laos. Dans la province cambodgienne de Kratie, l’eau était un peu plus élevée, avec 16 cm de moins que le plus faible niveau établi il y a 12 ans.

Même situation dans le delta du Mékong au Vietnam où le niveau de l’eau est largement inférieur à la moyenne saisonnière. D’après les habitants du district d’An Phu, dans la province d’An Giang, l’an passé, à la même époque, leurs rizières étaient déjà inondées. Or, cette année, l’eau n’est pas encore arrivée, ce qui pose des problèmes pour leurs activités quotidiennes et leur production.

"Le niveau d’eau a chuté, les pêcheurs comme moi se retrouvent dans une situation de plus en plus difficile. Les poissons se font rares. Nous ne pouvons même pas en attraper assez pour nous nourrir. Mes enfants sont déjà partis chercher un emploi dans la province de Binh Duong", confie le pêcheur Lê Van Khang, âgé de 53 ans.

La situation a d’ores et déjà des répercussions économiques. Nguyên Van Thanh est riziculteur. Comme son champ n’est pas irrigué, la culture du riz est retardée. "La sècheresse persiste. Or, à la même époque les années précédentes, l’eau inondait déjà nos rizières. Je suis impatient maintenant. La nouvelle saison du riz n’a pas encore commencé". __ Vers une exploitation plus rationnelle__

Le Docteur Khem Sothea qui travaille pour le service de prévision des crues de la Commission du Mékong explique que le niveau anormalement bas de l’eau s’explique par les faibles précipitations, la surexploitation de l’eau dans les affluents et la multiplication de barrages hydroélectriques en amont du fleuve.

La chute du niveau de l’eau affecte lourdement la vie des millions de personnes vivant dans les pays en aval comme le Cambodge et le Vietnam. La pénurie d’eau représente une grande menace pour la production agricole et pour l’habitat des poissons, principale source alimentaire des habitants sans parler des perturbations dans le transport fluvial. Le delta du Mékong au Vietnam est aussi lourdement touché en raison de la salinisation qui contamine les sources potables et détruit les récoltes.

Face à cette situation, la Commission du Mékong a appelé à une exploitation et une utilisation rationnelle des eaux et à une coopération plus étroite entre les pays riverains afin d’empêcher les actions qui risquent d’affecter le fleuve et ses affluents. Un code de conduite juridiquement contraignant doit être mis en place pour assurer une exploitation durable du Mékong à l’avenir.

Agence Vietnamienne d'Information - 5 août 2019