Dans un communiqué, ces trois experts indépendants de l'ONU se disent également très préoccupés par les allégations de torture, de mauvais traitement et de décès qui se sont produits dans des centres de détention depuis le début du conflit armé en décembre 2018 dans le nord de l'Etat de Rakhine et dans l'Etat voisin de Chin.

L'Etat Rakhine, théâtre également du drame de la minorité musulmane des Rohingyas, connaît depuis plusieurs mois une recrudescence des combats entre les militaires birmans et les rebelles de l'Armée d'Arakan (AA) qui luttent pour obtenir plus d'autonomie en faveur de la population bouddhiste, dite rakhine ou aranakaise. Des rebelles de l'ethnie rakhine combattent également dans le nord de Chin.

«La pratique de la détention au secret doit cesser immédiatement», ont souligné les trois rapporteurs dans un communiqué. «Il faut une enquête indépendante et crédible sur les allégations de torture et de traitements inhumains, sur les décès en détention et sur le recours aux confessions forcées», ont-ils ajouté. Ces experts citent le cas de Naing Aung Htun, qui a été détenu au secret du 8 au 21 août et «aurait reçu des décharges électriques» infligées par des soldats avant d'avouer avoir des liens avec l'Armée d'Arakan. D'après son père, qui lui a rendu visite en prison le 22 août, Naing Aung Htun présente des blessures au visage et se plaint de maux de têtes et de douleurs à la poitrine et dans le dos. Naing Aung Htun a été arrêté le 8 août par l'armée birmane, avec d'autres habitants du nord de l'Etat de Rakhine, avant d'être mis au secret.

«Nous sommes affligés par l'utilisation de la détention au secret d'individus soupçonnés d'être en lien avec l'Armée d'Arakan», ont souligné les trois rapporteurs (Yanghee Lee, rapporteure spéciale sur la situation des droits humains en Birmanie, Agnès Callamard, rapporteure spéciale sur les exécutions extrajudiciaires, et Nils Melzer, rapporteur spécial sur la torture). «Il est essentiel que les personnes détenues puissent communiquer avec le monde extérieur, en particulier avec leurs familles et leur avocat», ont-il jugé.

Au moins 15 détenus accusés d'être associés à l'Armée d'Arakan seraient décédés en prison selon les experts, qui demandent à l'armée birmane de publier les conclusions de son enquête sur ces décès. Ils souhaitent aussi que les responsables soient poursuivis en justice.

Le Figaro avec Agence France Presse - 3 septembre 2019