Il servira à traiter des patients atteints de cancer et d’autres maladies. Mais cette nouvelle loi sur le cannabis divise les Thaïlandais.

Ce n’est pas sur la légalisation que les Thaïlandais ne sont pas d’accord, la loi est passée à l’unanimité au Parlement en décembre dernier. C’est plutôt sur la répartition des bénéfices de cette nouvelle manne financière. En effet, le gouvernement thaïlandais a retiré, il y a quelques jours de sa liste de narcotiques interdits, certains produits à base de cannabis. Ce qui fait débat, c’est la dose de THC, le principe actif du cannabis dans les produits désormais légaux qui ne doit pas dépasser 0,2%.

Les paysans veulent leur part

Pour les cultivateurs thaïlandais, c'est un taux bien trop bas qui nécessite donc l’intervention d’équipements sophistiqués de laboratoire, en général la propriété de firmes étrangères, multinationales en partenariat avec les familles thaïlandaises les plus riches. Si l’on veut que ce soit les paysans thaïlandais qui s’enrichissent avec la production de cannabis, il faut remonter ce taux légal de THC à environ 1%, réclament les organisations rurales.

Le ministre de la Santé s’est dit prêt à examiner la question. Avant son entrée au gouvernement, Anutin Charnvirakul avait fait de la légalisation du cannabis comme moyen d’enrichissement des paysans son thème principal de campagne. Il avait promis que chaque foyer rural thaïlandais aurait le droit de cultiver six plants de cannabis. Mais récemment la Thaïlande a été rappelée à l’ordre par le Bureau du contrôle des narcotiques des Nations unies qui a objecté qu’une telle loi équivalait à une libéralisation totale du produit, y compris à usage récréatif, ce qui mettait le pays en situation de violation des traités internationaux sur le contrôle des drogues et aurait pour conséquences de lui faire perdre le droit d’import de certains médicaments, ont même menacé les officiels.

Un marché juteux qui peut profiter à la Thaïlande

Des crispations qui peuvent s’expliquer par les enjeux économiques très importants du secteur dont la Thaïlande veut devenir un acteur de premier plan. La Thaïlande a des conditions climatiques idéales pour la culture de la marijuana. Elle peut capitaliser sur son image et sur la qualité mondialement reconnue de ses produits, tout cela à des coûts de production très bas. Son ambition affichée est de concurrencer à moyen terme les États-Unis sur le juteux marché du cannabis médical. Rien qu’en Asie, en incluant la Chine et le Japon, le marché est estimé à plus de 5 milliards d’euros annuels.

Par Carol Isoux - Radio France Internationale - 4 septembre 2019