«Ceux qui se joindront le 9 novembre à la campagne de destruction du pays et de la paix seront poursuivis», a-t-il mis en garde de manière théâtrale dans un discours. Sam Rainsy, qui possède la nationalité française et vit en exil en France depuis 2015, a promis qu'il effectuerait un retour en grandes pompes le 9 novembre prochain, jour de fête nationale. Il fait l'objet de nombreux procès au Cambodge, où il se dit poursuivi pour des raisons politiques. Pour maintenir le soutien de sa base après plusieurs annés à l'étranger, Rainsy a récemment appelé ses partisans - y compris au sein de l'armée - à s'unir pour renverser Hun Sen et restaurer la démocratie dans ce pays pauvre d'Asie du sud-est. Hun Sen, au pouvoir dans le royaume depuis 34 ans, a répliqué avec une nouvelle salve d'arrestations et de menaces. Comparant son ennemi juré à un «chien fou», il a appelé les Cambodgiens à méditer le résultat des révolutions ayant eu lieu dans le monde arabe avant de s'engager auprès de Rainsy.

Ces dernières semaines, plusieurs dizaines d'opposants soupçonnés de manigancer contre le gouvernement ont été arrêtés et la semaine dernière, Rainsy ainsi que plusieurs autres responsables politiques ont été inculpés pour complot en vue de commettre un coup d'Etat. Ils risquent jusqu'à 30 ans de prison. Dans ces conditions, certains observateurs doutent de la réalité d'un retour imminent de l'opposant. Il faudrait pour cela un accord de compromis avec Hun Sen. «Je ne croirai à son retour que quand je le verrai de mes propres yeux» a déclaré le politologue Lao Mong Hay.

Co-fondateur du Parti du salut national du Cambodge (PSNC) désormais dissout, Rainsy a longtemps combattu Hun Sen avant de s'exiler en France. Son parti avait réalisé une percée aux élections générales de 2013, remportant 55 sièges sur 123. Mais il a été dissout quelques années plus tard par la Cour suprême du pays. Plusieurs figures de l'opposition avaient été emprisonnées, dont l'autre co-fondateur du PSNC Kem Sokha, toujours en résidence surveillée. En 2018, le parti de Hun Sen, le Parti du peuple cambodgien (PPC), avait raflé l'intégralité des sièges au Parlement Mais Rainsy bénéficie toujours d'un large soutien populaire et a le pouvoir de faire douter Hun Sen. «C'est ce qui explique la réaction actuelle du gouvernement et du PPC» a ajouté Lao Mong Hay.

Le Figaro avec Agence France Presse - 2 octobre 2019