Ils font en effet figure d’autorité dans les zones périphériques où résident les minorités persécutées, à la fois rohingya et chrétienne.

En Birmanie, le cardinal Bo appelle les responsables religieux à prendre part au processus de paix. Le 1er octobre, Mgr Charles Maung Bo a assuré que « certains silences peuvent être criminels. » D’autant que les responsables des différents cultes font généralement figure d’autorité dans les régions périphériques où résident la plupart des populations n’appartenant pas à la majorité bouddhiste.

ette déclaration intervient alors que des milliers de Rohingyas – musulmans vivant principalement dans l’État d’Arakan situé à l’ouest – demeurent en exil depuis août 2017, et sont toujours considérés comme apatrides. Les autres minorités religieuses s’avèrent, elles aussi, discriminées.

Un acteur engagé

« Les leaders religieux ont un rôle énorme à jouer dans le processus de paix, a affirmé Mgr Charles Maung Bo. Ayez la bonté d’élever votre voix et de vous exprimer contre cette guerre mutilante. Les innocents qui souffrent ne s’en iront jamais. Leur sang et leurs larmes continueront de couler depuis leur tombe », a-t-il poursuivi à destination des 500 000 moines bouddhistes, 70 000 religieuses, 1 200 prêtres chrétiens, 2 000 sœurs catholiques et autres responsables religieux du Myanmar (nom officiel du pays).

« Depuis la visite du pape François en novembre 2017, le cardinal Bo est un acteur engagé dans le processus de réconciliation nationale », constate Sophie Boisseau du Rocher. Docteure en sciences politiques, spécialiste de l’Asie du Sud-Est au sein de l’Institut français des relations internationales, elle salue aussi la longue lettre pastorale dans laquelle Mgr Charles Maung Bo exhortait, le 15 août, les Birmans à « travailler ensemble pour mettre fin à la violence et à la terreur dans leur pays. »

Une confiance difficile à rétablir

Alexandra de Mersan, anthropologue au Centre Asie du Sud-Est, voit également en la personne du cardinal Bo « une figure importante, écoutée et respectée ». Sans pour autant minimiser l’ampleur du chantier vers la paix. « Dans l’État d’Arakan, la méfiance des bouddhistes vis-à-vis des musulmans, et réciproquement, est très forte. Moins ils vivent semble, moins ils ont d’occasions de recréer du lien et de retrouver des relations de confiance », précise-t-elle.

Les autres minorités, plus faibles d’un point de vue démographique comme les chrétiens qui ne représentent qu’1 % de la population, se révèlent aussi discriminées. D’autant qu’elles résident principalement dans les régions périphériques, toujours contrôlées par l’armée.

« Le gouvernement d’Aung San Suu Kyi lauréate du prix Nobel de la paix ... a beau mettre en place une politique de réconciliation nationale et de valorisation de la diversité ethnique et religieuse, sur le terrain les affrontements entre les armées dites ethniques et l’armée birmane se poursuivent », déplore l’anthropologue.

Une résolution de l’ONU

Or, les responsables religieux jouent, dans ces zones décentralisées, un rôle prépondérant. Alexandra de Mersan remarque en effet qu’« ils font souvent figure d’autorité dans ces régions, avec qui le gouvernement actuel tente de discuter. »

À l’approche des élections générales de 2020, les hommes et femmes politiques tentent, eux, de contenter leurs électeurs potentiels, et donc la majorité bouddhiste. De son côté, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a adopté le 26 septembre, à l’occasion de sa 42e session extraordinaire, une résolution sur « la situation des droits humains des Rohingyas musulmans et des autres minorités au Myanmar ».

Par Augustine Passilly - La Croix - 3 octobre 2019