Ce n’est pas la première fois, cette année, que Sam Rainsy annonce son retour, mais cette éventualité agite aujourd’hui les autorités. Sam Rainsy, accuse le roi d’être la marionnette du Premier ministre ou appelle les militaires cambodgiens à faire défection pour le soutenir. Le Premier ministre Hun Sen promet l’arrestation de l’opposant politique et s’en prend à ses soutiens.

La semaine passée, il provoque ironiquement les sympathisants de Sam Rainsy, les défiant de se couper un doigt pour montrer leur courage. Une référence à la campagne lancée sur les réseaux sociaux par l'opposant où il invite à s’afficher avec 9 doigts en l’air. 9 doigts pour le 9 novembre, date du retour annoncé de Sam Rainsy et d’autres membres de l’opposition en exil.

Sam Rainsy cristallise les tensions

Au-delà de la joute verbale, l’annonce du retour de Sam Rainsy a déclenché une série de mesures visant à dissuader les soutiens éventuels. Mi-septembre, le ministère de l’Intérieur cambodgien a prévenu que les autorités arrêteraient toute personne impliquée dans le retour hypothétique de Sam Rainsy, mais également tous ceux manifestant leur soutien au projet de l’homme politique que le gouvernement assimile à un coup d’État.

Récemment, les arrestations d’anciens membres et soutiens du parti d’opposition se sont encore multipliées au Cambodge. La semaine dernière, quatre mandats d’arrêt ont été émis à l’encontre de sympathisants de l’ancien parti d’opposition.

L’affaire est délicate car si la personnalité de Sam Rainsy cristallise les tensions, c’est d’abord la question de l’opposition politique au Cambodge qui se pose. Le PSNC, le parti cofondé par Sam Rainsy et Kem Sokha, a obtenu 44% des voix aux élections communales de 2017, les dernières auxquelles il a participé.

Kem Sokha écarté…

Depuis plusieurs années, le parti se positionnait comme la principale opposition au PPC de Hun Sen, au pouvoir depuis 34 ans. Accusé d’avoir voulu renverser le gouvernement, Kem Sokha, autre fondateur du parti d’opposition est arrêté en septembre 2017. Le parti est dissous dans la foulée par la Cour suprême en novembre, à 8 mois d’élections législatives. La décision fait alors l’objet de nombreuses critiques venues de plusieurs États et organisations internationales.

En l’absence du principal parti d’opposition, les élections de juillet 2018 ont concédé la totalité des sièges du Parlement au parti du Premier Ministre Hun Sen. Le Cambodge devient de facto un État à parti unique. Kem Sokha reste privé de libertés et est assigné à résidence où il attend toujours son procès pour trahison, deux ans après la mise en accusation.

Aujourd’hui, si personne n’est en mesure d’affirmer que Sam Rainsy va bel et bien revenir, cette situation politique tendue inquiète aujourd’hui les observateurs internationaux, car les derniers affrontements entre Hun Sen et Sam Rainsy, et leurs conséquences sont symptomatiques de l’état des libertés fondamentales et de la vie politique dans le pays.

Cette année, pas moins d’une trentaine de partisans de l’ancien parti d’opposition ont été arrêtés et environ 150 personnes ont été interrogées concernant des activités en lien direct ou non avec le PSNC. Des interpellations qui créent un climat de peur et d’intimidation, non propice à un dialogue démocratique, selon plusieurs organisations de défense des droits de l’homme.

Dans son dernier rapport présenté en septembre aux Nations unies à Genève, la rapporteure spéciale pour les droits de l’Homme au Cambodge, Rhona Smith, note la dégradation de la liberté d’expression dans le pays et la rhétorique agressive entretenue par les deux partis. Comme d’autres observateurs, elle recommande un renouveau de la culture politique cambodgienne qui devrait se concentrer sur des enjeux plutôt que sur des individus.

Par Juliette Buchez - Radio France Internationale - 7 octobre 2019