Cette décision intervient alors même que la Thaïlande parie sur l’économie numérique pour stimuler la croissance, l’ex-chef de la junte, au pouvoir depuis 2014 - après avoir été reconduit récemment en tant que Premier ministre civil-, peinant à maintenir le royaume sur les rails de la prospérité - collective du moins.

La Thaïlande a récemment engagé de nouvelles poursuites contre ce qu’elle qualifie de désinformation portant atteinte à la sécurité nationale. Les contenus incriminés sont principalement des critiques vis-à-vis du gouvernement, de l'armée ou de la famille royale.

Le ministre de l'Economie et de la Société numériques, Puttipong Punnakanta, a défini de manière large la notion de "fake news" (fausses informations) comme étant tout contenu en ligne viral induisant en erreur les gens ou portant atteinte à l'image du pays. Il n'a fait aucune distinction entre les fausses informations non malveillantes et la désinformation délibérée.

"Le centre n'est pas destiné à être un outil de soutien du gouvernement ou de quiconque", a déclaré vendredi Puttipong avant d’inviter les journalistes à visiter les lieux.

Le centre est configuré comme un centre de crise, avec des écrans au milieu de la pièce, affichant des graphiques retraçant les dernières "fake news" et les tendances des hashtags Twitter.

Il est opéré avec la présence permanente d’une trentaine d’agents qui examinent le contenu en ligne - rassemblé à l'aide d'outils d’"écoute des réseaux sociaux" - sur des sujets divers tels que les catastrophes naturelles, l'économie, les produits de santé et les produits illicites.

Les officiers ciblent également les nouvelles sur les politiques du gouvernement et le contenu qui affecte "la paix et l'ordre, les bonnes mœurs et la sécurité nationale", selon Puttipong.

S'ils soupçonnent que quelque chose est faux, ils le signaleront aux autorités compétentes pour que des rectificatifs soient publiés via les plates-formes de médias sociaux et le site Internet du centre ainsi que via la presse.

Les groupes de défense des droits de l’homme et de la liberté de la presse craignent que le gouvernement utilise le centre comme outil de censure et de propagande.

"Dans le contexte thaïlandais, le terme "fake news" est instrumentalisé pour censurer les dissidents et restreindre notre liberté numérique", a déclaré Emilie Pradichit, directrice de la Fondation Manushya basée en Thaïlande, qui défend les droits numériques.

Selon elle, cette mesure pourrait être utilisée pour codifier la censure. Elle ajoute que le centre pourrait permettre au gouvernement d'être le "seul arbitre de la vérité".

Des rapports de transparence émanant de sociétés Internet telles que Facebook et Google montrent que les demandes de la part du gouvernement thaïlandais de supprimer des contenus ou de divulguer des informations ont explosé depuis la prise du pouvoir par l'armée en 2014.

La loi de lèse-majesté interdisant de critiquer la monarchie a souvent été à la base de telles demandes auprès de Facebook. Pour ce qui est de Google, la principale raison invoquée pour la suppression de contenu était les critiques du gouvernement.

Lepetitjournal.com - 4 novembre 2019