L’ONG Plan international a lancé à Rangoun, en Birmanie, “Girls get equal”, une campagne pour sensibiliser le pays à l’égalité hommes-femmes, là où beaucoup reste à faire. Aussi, en ce moment, dans certains bus de Rangoun, on peut voir des autocollants qui font passer ce message "Girls get equal". L’ONG a par ailleurs sélectionné dix-huit jeunes femmes du pays pour passer la journée avec des entrepreneurs, diplomates ou encore des femmes et hommes politiques.

L’objectif de la campagne est notamment de pousser ces jeunes à avoir des responsabilités dans le futur dans un pays où les obstacles sont nombreux : selon le classement de l’ONU des pays où l’égalité homme-femme est la plus respectée, la Birmanie occupe la 106e place, sur 189. Et cela se traduit dans plusieurs domaines, comme l’éducation par exemple : deux tiers des illettrés du pays sont des femmes. Ou encore dans l’emploi, et même dans la Constitution birmane, dans laquelle on trouve par exemple cette phrase : "Rien ne doit empêcher la nomination d’hommes aux postes qui sont jugées convenables seulement pour les hommes."

Le parlement, majoritairement masculin, traîne des pieds

Le défi le plus important est donc de changer les mentalités dans le pays. Et la chose n’est pas aisée. Comme sur la question des violences faites aux femmes, que l’ONU a qualifié de crise silencieuse dans le pays : une loi est en discussion au Parlement depuis plusieurs années mais n’a toujours pas été votée, à cause de la résistance de certains parlementaires dans un Parlement majoritairement masculin. Notamment sur le sujet du viol marital par exemple… Rappelons par ailleurs que l’armée, qui conserve un poids politique important, est responsable de violences sexuelles dans les zones de conflits.

Une militante explique que parler des questions de genre est très sensible dans le pays, et que ceux qui le font peuvent être confrontés à des menaces. En Birmanie, beaucoup pensent qu’il est normal pour un mari de battre sa femme, et rejeter la faute sur les victimes d’agressions sexuelles est répandu. Il y a aussi beaucoup de tabous dans un pays où l’éducation sexuelle n’existe pas du tout.

Beaucoup d’attente après l’arrivée d’Aung San Suu Kyi

Il y avait pourtant beaucoup d’attentes quand la dirigeante Aung San Suu Kyi est arrivée au pouvoir, après les élections de 2015. Notamment en ce qui concerne la participation des femmes en politique : aujourd’hui, seulement 13 % des députés sont des femmes au Parlement. Il s’agit d’un des taux les plus bas d’Asie du Sud–Est. Dans les négociations de paix, entre groupes ethniques, la participation des femmes est aussi très faible. La dirigeante Aung San Suu Kyi, à l’époque, avait certes appelé à augmenter ce chiffre. Mais l’an dernier, son parti s’est prononcé contre l’instauration d’un quota : plusieurs organisations proposaient en effet que 30 % des postes soient attribués aux femmes en politique.

Par Sarah Bakaloglou - FranceInfo - 5 novembre 2019