« Le programme thaïlandais du pape François est décevant », peut-on lire sous la plume des journalistes de l’agence Ucanews, à l’approche du voyage que le pape doit faire dans ce pays majoritairement bouddhiste du sud-est asiatique, jeudi 21 et vendredi 22 novembre.

De fait, certains catholiques locaux reprochent au cardinal Francis Xavier Kriengsak Kovitvanit, archevêque de Bangkok, « qui ne serait pas très populaire au sein de son diocèse », selon Ucanews, de n’avoir pas su proposer au pape des rencontres et des visites vraiment pertinentes.

La trop grande place du pouvoir

La Caritas internationalis, qui a un centre important en Thaïlande, ainsi que le Service jésuite pour les réfugiés (JRS), qui assure ici une présence de longue date, sont particulièrement déçus d’avoir été oubliés dans le programme pontifical à Bangkok.

Un programme qui fait la part belle à des rencontres avec les autorités (notamment avec le premier ministre Prayut Cahn-o-cha, ancien général, et le roi Rama X) et avec les dignitaires (notamment le patriarche suprême des bouddhistes de Thaïlande, Somdet Phra Ariyavongsagatanana IX), ainsi qu’à des visites d’instituts (notamment l’hôpital Saint-Louis, animé par les sœurs de Saint-Paul-de-Chartres). L’étrange oubli des réfugiés

Dans ce programme officiel, rien n’a été prévu pour une rencontre avec des réfugiés, alors que la Thaïlande abrite, à sa frontière avec le Myanmar (Birmanie), de nombreux camps pour l’ethnie persécutée et oubliée des Karens. Un Noël chez les Karens

Et ce, rappelle Ucanews, « à la différence de saint Jean-Paul II qui, lors de sa venue en Thaïlande en 1984, était resté plusieurs heures à parler avec des réfugiés du Vietnam, du Laos et du Cambodge dans un camp situé au sud de Bangkok ».

Les catholiques locaux se demandent donc pourquoi, dans ce pays qui compte des centaines de milliers de réfugiés, enregistrés ou clandestins, et où l’Église catholique a toujours œuvré de manière constante et durable pour leur venir en aide, le pape François ne leur manifeste pas concrètement son soutien, lui pour qui la question des réfugiés et des migrants est pourtant si pressante.

L’attitude ambiguë de l’Église locale

D’ailleurs, ces derniers jours, des articles d’Ucanews rappelaient la situation critique des réfugiés catholiques pakistanais qui ont tellement peur, semble-t-il, d’être repérés par les services gouvernementaux, qu’ils préfèrent ne pas assister aux messes pontificales, ni à celle du 21 novembre au stade national, ni à celle des jeunes le lendemain en la cathédrale de l’Assomption.

« L’Église thaïlandaise pourrait aider à faciliter la venue de ces Pakistanais chrétiens, mais il semblerait qu’elle ne souhaite pas entacher ses liens privilégiés avec le plus haut niveau du gouvernement », peut-on lire encore dans les articles d’Ucanews.

Conflit séparatiste meurtrier

Un autre sujet crucial n’apparaît pas dans le programme officiel, ce qui n’empêche pas, évidemment, que le pape l’aborde lors de ses rencontres avec les autorités : le conflit violent qui, dans le sud du pays, oppose les séparatistes musulmans à l’armée thaïlandaise et qui a déjà coûté la vie à 7 000 personnes.

Même si, depuis le coup d’État de 2014, les attentats se font plus rares, la junte militaire ayant renforcé les patrouilles et les couvre-feux, une nouvelle attaque meurtrière, attribuée à des rebelles séparatistes musulmans, a eu lieu mercredi 6 novembre, dans la province de Yala (sud).

Des assaillants ont tiré sur deux postes de contrôle, faisant au moins quinze morts. Il s’agit d’une des attaques les plus meurtrières dans l’histoire de cette insurrection séparatiste qui a éclaté en 2004 dans les provinces à majorité musulmane du sud de la Thaïlande.

Par Claire Lesegretain - La croix avec Ucanews - 7 novembre 2019