Pour Freedom House, la principale raison de cet accès restreint à un internet libre provient « de ce que tant l’armée que la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND), au pouvoir, persiste à manipuler l’information sur internet, à propager des mensonges, et à réprimer toute contestation en utilisant un arsenal de lois répressives, en particulier celles sur les télécommunications ».

Dans la région, avec 36 points sur 100 possibles dans son système d’évaluation qui prend en compte la période de juin 2018 à mai 2019, Freedom House classe la Birmanie derrière Singapour, la Malaisie, l’Indonésie et même le Cambodge en matière de liberté d’accès et d’usage à Internet, mais encore devant la Thaïlande et le Vietnam, deux dictatures qui se parent d’habits plus ou moins libéraux car un peu riches, sans plus faire illusion.

Selon Freedom House, pendant les 5 dernières années, près de 700 gradés de l’armée birmane ont conduit des campagnes de désinformation systématique à partir de comptes Facebook ou de websites mensongers qui ont répandu des affirmations fausses et des discours incitants à la haine et à la violence, jusqu’à ce que Facebook bloque ou ferme ces comptes l’année dernière.

Mais l’ONG constate aussi que lorsque la LND est arrivée au pouvoir en 2016, elle ne s’est pas vraiment battue pour changer cet état de chose, et y a même participé en multipliant l’utilisation du fameux articles 66(d) de la loi sur les télécommunications pour faire taire les critiques. En outre, déplore Freedom House, s’il est clair que la LND n’a pas les mains libres et toutes les manettes du pouvoir réel, elle n’a pas utilisé ses marges de manœuvre existantes pour améliorer la liberté d’expression en Birmanie, par exemple au niveau des médias d’état dont elle a pourtant le contrôle. Freedom of Expression, une ONG birmane celle-là, estime à plus de 200 le nombre de poursuites entamées sous l’article 66(d) de la loi sur les télécommunications entre novembre 2015 et avril 2019, soit la période de gouvernement de la LND moins un trimestre.

Et le triste constat ne s’arrête pas là… Non contente de limiter la liberté sur internet, Nay Pyi Taw travaille actuellement à une loi sur la cybersécurité qui risque d’être avant tout un instrument de répression et de contrôle, bien plus que de défense. En cause, le flou artistique permanent des termes employés, qui ouvrent la porte à toutes les interprétations, et surtout aux pires d’entre-elles. Par exemple, la loi a pour but de sanctionner « ceux qui insultent le pays et sa population et commettent des crimes par n’importe quel moyen de communication ». Envoyer un message qui dirait « l’équipe de foot de Birmanie est un peu nulle » - ce que ses résultats corroborent – pourra tomber sous le coup de ce texte avec un juge tatillon ! Cela semblera outrancier à certains, mais les arguments récemment invoqués par des tribunaux pour condamner des critiques sont du même acabit et de la même mauvaise foi… Avec cette loi, c’est l’ensemble des citoyens qui seront à la merci du gouvernement et de sa police…

Pour Freedom House, « les technologies sont devenues des outils de surveillance et de manipulation électorale ». Sur les 65 pays évalués, 16 ont connu une amélioration de la liberté sur internet depuis juin 2018… et 33 un déclin de cette même liberté.

Lepetitjournal.com - 18 novembre 2019