Et elle en a profité pour encourager les pays participants à venir investir dans son pays. De fait, diverses institutions, comme la Banque mondiale ou la Banque asiatique de développement, prévoient qu’après le ralentissement enregistré entre 2018 et 2019 – de 6,8 à 6,5% - l’économie birmane recommence à croître, probablement vers les 6,7% en 2020. Selon la Banque mondiale, ce regain s’explique par les fruits à venir des réformes entre autres du marché de l’assurance, de la politique de visa, du système bancaire ou par la décision d’amnistier les fraudeurs à l’impôt des années passées afin de rapatrier du capital évadé.

Pour autant, le paysage économique birman n’est pas rose, rose… Car c’est la fragilité de l’édifice qui retient finalement le plus l’attention. Les risques restent nombreux, et surtout souvent mal ou peu pris en compte, comme l’absence d’une justice réellement indépendante et un usage fantaisiste des lois – un écueil majeur à l’arrivée d’investissements étrangers – ou les risques de catastrophes naturelles alors que la Birmanie est située par tous les classements parmi les pays les plus en danger. L’affaire Carlsberg n’a ainsi rien pour attirer des investisseurs, et depuis le début de l’année le pays a déjà subi trois grandes séries d’inondations, de forts glissements de terrain et une tempête tropicale, autant d’incertitudes majeures qui pèsent sur l’agriculture, alors que celle-ci représente près de 40% des ressources du pays et fournit surtout le travail de 70% des Birmans. La situation géopolitique, entre les plaintes internationales contre la Birmanie et les guerres civiles, constitue un autre risque important sur lequel le gouvernement tarde à vraiment agir.

Dernier écueil économique, l’inflation galopante qui relativise considérablement le taux de croissance. L’inflation est en effet passée de 6,9% en janvier à 8,5% aujourd’hui, et toutes les prévisions la maintienne ainsi au minimum pour l’année prochaine, et peut être plus. Avec une croissance de moins de 7%, cela signifie concrètement une réduction de pouvoir d’achat des Birmans, et surtout une forte augmentation du prix des aliments de base, comme le riz, l’huile, la viande et le poisson. Les produits d’importations coûtent eux-aussi beaucoup plus chers, ceux venant de Thaïlande subissant par exemple une hausse de plus de 10%.

Au final, la Birmanie comme paradis économique relève avant tout de la méthode Coué et de l’aveuglement sélectif. Les opportunités existent indéniablement, et les perspectives de développement sont réelles, mais les risques sont grands, énormes diront certains… U Soe Win lui-même, le ministre de la Planification et des Finances, reconnaît que tout n’est pas encore parfait, loin de là, mais que malgré tout le gouvernement « est parvenu à stabiliser le secteur financier avec une politique monétaire et fiscale efficace malgré les leviers limités dont il dispose ».

Lepetitjournal.com - 26 novembre 2019