L’universitaire de renom était née britannique dans l’état d’Arakan, pas loin des fameuses plages de Ngapali, le 1er juillet 1918. Elle avait obtenu sa « matriculation », l’équivalent de notre baccalauréat, en 1935, à l’âge de 17 ans, un véritable exploit pour une femme dans le contexte patriarcal birman et colonial britannique, qui ne favorisaient ni l’un, ni l’autre l’émancipation féminine. Mais la personnalité de Daw Kyan était déjà bien affirmée, et la jeune femme était déterminée à poursuivre ses études au plus haut niveau.

Après un bref passage par l’enseignement scolaire, elle est mutée aux services des postes comme cadre mais ce poste ne satisfait en aucun cas l’intelligence et la soif de connaissance de Daw Kyan. Aussi démissionne-t-elle en 1951 pour s’établir à Yangon et entamer des études universitaires, couronnée d’un Bachelor of Art (l’équivalent d’un master 1 européen d’aujourd’hui) en 1954 et d’un Master of Art (plus ou moins la thèse européenne d’aujourd’hui) en histoire. En même temps qu’elle poursuit ses études, elle commence à publier le fruit de ses recherches. Et obtient rapidement une reconnaissance locale puis internationale, qui lui vaudront un poste de chercheur à la Commission de l’histoire de la Birmanie, en 1954, puis une forme de consécration avec la situation de directrice de recherche dans cette même commission, en 1963. Daw Kyan part à la retraite en 1984, mais continuera à travailler et écrire jusque dans les années 2 000.

Daw Kyan était une spécialiste des deux derniers règnes de la dynastie de Konbaung, ceux de Mindon Min (1853-1878) et Thibaw (1879-1885), et du début de la colonisation britannique. Elle travailla également beaucoup sur l’histoire de l’Arakan. Durant les débuts de sa carrière, elle eut à rejoindre la Grande-Bretagne afin d’y répertorier et collecter ou photographier sur microfilms des archives et documents que les colons avaient emportés de Birmanie. Sa compétence et sa connaissance de ces archives lui permirent alors de mener une carrière originale, notamment sur la transformation économique de région au tournant des 19ème et 20ème siècles. Cela l’amena notamment à collaborer entre 1985 to 1991 à une somme de six volumes sur l’histoire industrielle de la Birmanie. Tout au long de sa carrière, cette femme exceptionnelle a collectionné publications de références et récompenses, nationales et internationales. Ses ouvrages, dont le plus connu « A propos du pays de Birmanie », se trouvent à la bibliothèque universitaire de Yangon comme à celle de Washington… Et non contente d’être devenue une historienne majeure de son pays, Daw Kyan s’intéressait aussi aux questions de langues, étant une spécialiste de l’anglais et ayant par ailleurs rejoint la Commission de la langue birmane en 1991. Son centenaire avait été largement célébré dans les cercles universitaires et éducatifs en 2018.

Lepetitjournal.com - 1er décembre 2019