Les villageois contestent depuis plusieurs années la légalité de la confiscation par les militaires de terrains entourant l'aéroport de Mieu Mon (Nord). Les affrontements, événement rare dans ce pays communiste, ont éclaté jeudi au petit matin lorsque les autorités ont tenté d'ériger une clôture autour des terres revendiquées par les habitants. Les forces de l'ordre ont alors rencontré des habitants «munis de grenades, de cocktails Molotov et de couteaux», selon un communiqué du ministère de la Sécurité publique. Le «désordre» a conduit à «la mort de trois policiers et un villageois» ajoute le communiqué, précisant que d'autres villageois ont été «arrêtés pour violation grave de la loi».

Il n'a pas été possible dans l'immédiat de confirmer le bilan ou de vérifier la version des événements des autorités, diffusée à une vitesse inhabituelle dans un pays où le secret et le contrôle l'emportent normalement sur la transparence. Mais une vidéo largement diffusée sur Facebook par un militant sur les lieux semblait montrer des coups de feu autour du village à l'aube, alors que plusieurs camions des forces de l'ordre arrivaient. L'ONG Human Rights Watch a exhorté le Vietnam à ouvrir une enquête qui «va au fond de ce qui s'est passé» et à fournir un accès libre au site à des observateurs indépendants, comme des journalistes, des diplomates et des fonctionnaires de l'ONU.

Les litiges sur l'usage des terres sont courants au Vietnam où l'Etat est propriétaire de tous les terrains. En 2017, des villageois avaient retenu près d'une vingtaine de policiers et d'officiers en otage pendant plusieurs jours sur le site de l'aéroport, un événement inédit qui avait ébranlé le pays. En 2012, le propriétaire d'une entreprise piscicole avait eu recours à des armes artisanales pour tenter d'empêcher son expulsion, blessant sept policiers. Son cas est devenu le symbole du mécontentement croissant dans le pays concernant l'accès à la terre.

Le Figaro avec Agence France Presse - 9 janvier 2020