Ainsi, en octobre, Washington avait déclaré qu’il suspendrait 1,3 milliard de dollars de préférences dont le Royaume bénéficiait. Les États-Unis ont également cité l’incapacité de la Thaïlande à garantir les droits des travailleurs comme la liberté d’association et la négociation collective.

Aors que l’excédent commercial de la Thaïlande avec les États-Unis a dépassé les 20 milliards de dollars ces douze derniers mois, le pays pourrait être inscrit sur la liste de surveillance des manipulateurs de devises établie par le Trésor américain.

Sur une période de douze mois qui s’est achevée en novembre, l’excédent a atteint 20,05 milliards de dollars, selon le Bureau du recensement des États-Unis. La Thaïlande a donc dépassé la limite de 20 milliards fixée par le Trésor pour les déficits commerciaux. Concrètement, cela signifie désormais que la Thaïlande enfreint deux des trois critères retenus par l’administration américaine pour inscrire un pays sur la liste de surveillance.

Le contexte actuel renforce en outre l’attention portée sur la politique monétaire de la Thaïlande. Les autorités s’efforcent en effet de limiter la hausse du baht par rapport au dollar. La devise locale est celle qui s’est appréciée le plus rapidement en Asie depuis un an. Les États-Unis demeurent le troisième partenaire commercial du Royaume, avec des échanges totaux évalués à 47 milliards de dollars en 2018.

Deux fois par an, le Trésor américain publie un rapport qui identifie les pays préoccupants en matière de manipulation des devises. Quelles sont les conditions ?

Un pays se retrouvera sur cette liste s’il réunit a minima deux des trois critères suivants :

– Un excédent commercial avec les États-Unis d’au moins 20 milliards de dollars

– Un surplus du compte courant d’au moins 2 % du produit intérieur brut (PIB)

– Une intervention unilatérale et persistante sur la devise qui équivaut à 2 % du PIB pendant au moins six mois sur un an

Le gouverneur de la Banque de Thaïlande, Veerathai Santiprabhob, a récemment déclaré dans une interview accordée à Bloomberg Television que la Thaïlande était engagée dans un « dialogue étroit » avec les responsables américains.

Il a également précisé que la Thaïlande n’avait pas encore confirmé le dépassement du seuil de 20 milliards de dollars d’excédent commercial sur la base de ses propres données officielles.

La Thaïlande attend le prochain rapport américain

Au sujet des autres critères, M. Veerathai a estimé que les mouvements du baht en 2019 ont prouvé que « personne ne doit considérer la Thaïlande comme un pays qui tente de manipuler » sa devise afin d’en tirer des avantages à l’exportation.

Il a également cité la volonté de la Thaïlande de réduire l’excédent de sa balance courante depuis plusieurs années. Cela inclut en outre des efforts pour stimuler les investissements tant publics que privés.

Dans le rapport de mai 2019, trois États de l’Asie du Sud-Est — Singapour, la Malaisie et le Vietnam — ont été cités pour la première fois avec deux violations chacun. La Thaïlande a été accusée d’une seule infraction : l’excédent de son compte courant.

Selon Bloomberg, ce surplus est supérieur à 2 % du PIB depuis fin 2014.

Le nouveau rapport du Trésor est attendu depuis la fin de l’année 2019, mais a été retardé. Ce délai s’explique par la volonté des États-Unis et de la Chine de conclure un accord et ainsi mettre un terme à leur différend. Ce dernier pourrait être signé d’ici le 15 janvier.

Les États-Unis ont déjà ciblé la Thaïlande en raison de ses pratiques commerciales. Ainsi, en octobre, Washington avait déclaré qu’il suspendrait 1,3 milliard de dollars de préférences dont le Royaume bénéficiait. Les États-Unis ont également cité l’incapacité de la Thaïlande à garantir les droits des travailleurs comme la liberté d’association et la négociation collective.

Le ministère thaïlandais du Commerce avait déclaré que l’impact de cette mesure resterait limité. Cependant, Bangkok demeure désormais sur ses gardes dans un contexte de guerre commerciale sino-américaine qui engendre des dommages collatéraux pour les exportateurs asiatiques.

Par Jira - Siam Actu - 10 janvier 2020