Svelte, bronzée, énergique. Trân Thi Bich Ngoc respire toujours la confiance en soi et la passion du cinéma qu’elle pratique depuis plus d’une vingtaine d’années.

À l’âge de 43 ans, elle a déjà une riche collection de prix lors de festivals de film nationaux comme internationaux. Dans le septième art, son renom n’est plus à faire. Bich Ngoc connaît une carrière florissante en tant que productrice avec des œuvres très prisées comme My nhân kê ("The Lady Assassin" en anglais et "Beauté fatale" en français), Qua tim máu ("Vengeful Heart", "Cœur vengeur") ou Nguoi vo ba ("The Third Wife", "La troisième femme")… Elle est aussi co-fondatrice du programme "Gap go mùa thu" (Rencontres d’automne), l’événement cinématographique annuel qui sert de rampe de lancement pour les jeunes réalisateurs et acteurs talentueux.

Pendant les années 2000, Bich Ngoc a été assistante de réalisation ou de production dans des films comme Mùa hè chiêu thang đung ("À la verticale de l’été") du réalisateur français d’origine vietnamienne Trân Anh Hùng et Un Américain bien tranquille ("The Quiet American") du réalisateur australien Phillip Noyce.

En 2013, elle est officiellement devenue productrice de films indépendante en fondant sa propre compagnie An Nam Productions. Elle a produit Nguoi vo ba, Nguoi bât tu ("Immortal" en anglais ou "Immortel" en français), Tro tàn ruc ro ("Glorious Ashes", "Cendres glorieuses").

En 2015, Cha và con và… ("Big Father, Small Father and Other Stories", "Père, enfant et autres histoires"), produit avec le réalisateur Phan Dang Di, est devenu le premier film vietnamien présenté au Festival international du film de Berlin (Allemagne), l’un des trois principaux festivals cinématographiques internationaux avec ceux de Cannes (France) et Venise (Italie).

Le cinéma, une passion d’enfance

Trân Thi Bich Ngoc est la deuxième fille de feu le caméraman et "Artiste Émérite" Trân Trung Nhàn, dont le nom est associé à de célèbres films du début du cinéma révolutionnaire du Vietnam. C’est grâce à son père que sa passion pour le cinéma s’est enracinée dans son cœur dès l’enfance.

"Ma passion est née dès la petite enfance, quand j’accompagnais mon père et le regardais travailler avec ses équipes de tournage. Les étapes de création d’un film m’enthousiasmaient", confie-t-elle.

Sortie du lycée Chu Van An, une école d’élite de la capitale, en 1994, elle a réussi le concours d’entrée au Département de mise en scène, le plus difficile de l’Université de théâtre et de cinéma de Hanoï. "Je suivais des études de réalisateur mais le métier de producteur m’a semblé mieux me correspondre", sourit-elle.

Beaucoup disent que Trân Thi Bich Ngoc est née pour être productrice de films. Très créative, elle a constamment de nouvelles idées dans la réalisation d’œuvres. Talentueuse, elle reste toujours calme devant les difficultés qui apparaissent parfois lors du processus de production.

"En 1994, j’ai commencé à travailler comme assistante pour des équipes de film. Mais le plus grand tournant qui m’a fait décider de devenir productrice a probablement été en 1999".

À l’époque, l’équipe du film Mùa hè chiêu thang đung de Trân Anh Hùng est venue à Hanoï pour tourner des scènes. "Par hasard, je remplaçais ma sœur comme interprète durant une journée pour le service de costume de l’équipe".

Bich Ngoc se souvient qu’avant d’arriver au travail, elle a entendu dire que la costumière était très exigeante et qu’elle n’était pas contente d’une dizaine d’autres interprètes. "De manière inattendue, dans l’après-midi, elle a demandé au service de production de me retenir. J’ai donc commencé à aimer le travail de production à partir de ce premier contact. Ce sont mes premières expériences avec des équipes de film professionnelles qui m’ont beaucoup aidée dans ma future profession. Je me sens à la fois chanceuse et reconnaissante", se rappelle-t-elle.

"Rencontres d’automne" : faire découvrir des talents

Outre le rôle de productrice, Trân Thi Bich Ngoc est encore la co-fondatrice du programme annuel "Gap go mùa thu". Il s’agit d’un événement cinématographique à but non lucratif comprenant des ateliers de formation dédiés aux jeunes cinéastes cherchant des opportunités de carrière. Il offre également des possibilités d’investissement à des projets de films.

"Je souhaite partager mon expérience avec de jeunes cinéastes sur ce que j’ai vécu lors de la production d’un film, du scénario sur le papier à la diffusion dans le monde entier", explique-t-elle.

Et d’ajouter : "Je suis heureuse de voir comment mon œuvre est accueillie par le public vietnamien et étranger. C’est aussi une joie d’entendre la langue vietnamienne résonner dans des cinémas éloignés et de voir des spectateurs étrangers faire la queue pour regarder des films vietnamiens".

C’est la raison pour laquelle "Rencontres d’automne" est né en 2013 avec seulement 12 membres à l’origine. Depuis, ce programme attire toujours de nombreux apprentis et cinéastes étrangers, devenant même le rendez-vous le plus attendu des jeunes cinéastes.

Selon Bich Ngoc, ce qui l’impressionne le plus, c’est de "se retrouver rajeunie en collaborant avec une équipe très jeune, dynamique et zélée. À travers ces rencontres, je vois une jeune génération de Vietnamiens brillants, pleins d’énergie dont l’aspiration est de se consacrer au 7e art", affirme-t-elle.

Pour son talent, son dévouement et ses efforts inlassables, Trân Thi Bich Ngoc a été classée par le magazine Forbes Vietnam comme l’une des 50 femmes les plus influentes au Vietnam en 2019.

"Passion et contributions, cela suffit à mon bonheur de vivre dans la passion du cinéma", conclut-elle.

Par Thu Hà - Le Courrier du Vietnam - 19 janvier 2020