Un périple sanglant a tenu la Thaïlande en haleine pendant presque 17 heures. Un soldat thaïlandais a tué trois personnes sur une base militaire, puis abattu plus de vingt personnes dans un centre commercial à Nakhon Ratchasima, dans le nord-est du pays, samedi 8 février.

L’assaillant, un jeune adjudant-chef de l’armée, Jakraphanth Thomma, qui s’était retranché toute la nuit dans le centre commercial après avoir dévalisé un arsenal, a été « abattu » dimanche matin, a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) le chef de la division criminelle de la police, Jirabhob Bhuridej. Il a été tué par des commandos d’élite des forces de sécurité au cours d’une opération qui a mobilisé plusieurs centaines d’hommes.

Selon un bilan provisoire, quarante-deux personnes ont été blessées, dont neuf grièvement, a déclaré le vice-premier ministre, Anutin Charnvirakul, dimanche matin. Mais on ignore s’il y a davantage de victimes à l’intérieur de ce complexe de plusieurs étages, qui était très fréquenté lorsque le tireur a fait irruption samedi après-midi.

« C’est sans précédent en Thaïlande et je veux que ce soit la dernière fois qu’une telle crise se produit », a réagi le premier ministre Prayut Chan-O-Cha, lors d’une conférence de presse à l’hôpital de Nakhon Ratchasima où les victimes de la tuerie ont été évacuées.

« Personne ne peut échapper à la mort »

Durant la soirée et la nuit, les policiers qui encerclaient le centre commercial Terminal 21 demandaient aux personnes quittant les lieux de sortir « en levant les bras » et de s’identifier, pour empêcher le tireur de fuir en se fondant dans la foule. « Les autorités vous évacueront », assuraient les policiers.

Dans la soirée, des photos et vidéos sur les réseaux sociaux montraient des scènes de panique, des personnes en train de fuir. Des rafales de coups de feu ont retenti au lever du jour, quelques heures après que les forces de l’ordre eurent pris d’assaut le rez-de-chaussée et libéré des dizaines de clients paniqués et choqués.

Une offensive des forces de l’ordre à 3 heures du matin (21 heures à Paris) a fait un mort parmi les policiers. « Après ce raid, un agent est mort. Il a été touché et malheureusement, il n’a pas survécu », a précisé Anutin Charnvirakul.

Selon le premier ministre thaïlandais, les motivations du tireur étaient d’ordre « personnel », liées à un conflit autour de la « vente d’une maison ». Le soldat a également posté des vidéos et photos de lui et plusieurs messages sur sa page Facebook : « Dois-je me rendre ? », ou encore « Personne ne peut échapper à la mort ». Dans une vidéo, qui a été supprimée depuis, Jakrapanth Thomma, portant un casque de l’armée, filmait depuis sa jeep en disant : « Je suis fatigué (…) Je ne peux plus appuyer mon doigt », mimant la forme d’une gâchette avec sa main.

Il a ouvert le feu au hasard

Une porte-parole de Facebook a déclaré à l’AFP que le réseau social avait « fermé le compte du tireur et allait travailler nuit et jour pour retirer tout contenu illégal en rapport avec cette attaque dès que nous en aurons connaissance ».

La tuerie a commencé samedi en fin d’après-midi à Nakhon Ratchasima, ville également appelée Korat, sur une base militaire, a expliqué la police. Trois personnes y ont été tuées, dont au moins un soldat, lorsque l’adjudant-chef Jakrapanth Thomma a ouvert le feu, d’abord au domicile d’un officier supérieur, puis dans la caserne.

« Il a volé un véhicule militaire et s’est rendu dans le centre-ville », selon le lieutenant-colonel Mongkol Kuptasiri. Là, il s’est introduit dans le centre commercial et a ouvert le feu au hasard sur les clients avec des armes dérobées dans l’arsenal de la base, provoquant un carnage.

Le Monde avec Agence France Presse - 8 février 2020